Elizabeth P.

17 septembre 2021

Le père de Sorj Chalandon est mort en 2014.
En 2020, grâce à un ami, il a accès au dossier de son procès , conservé à la Cour de justice de Lille.
C'est la sidération.
Et voilà le déclic d'un nouveau roman.
Il replace sa découverte dans le contexte du procès de Klaus Barbie, en 1987.
Ce père, qui avait donné sa version quasi héroïque de sa participation à la dernière guerre mondiale, était en fait un opportuniste, traître, un collabo.
Il fait revivre son père dont il tente désespérément d'obtenir la vérité, d'entendre enfin les mots vrais.
Mais ce mythomane indécrottable n'en fera rien, laissant son fils à son désarroi.
C'est toujours une attente, un nouveau livre de Sorj Chalandon.
Toujours une valeur sûre.
Sa vie entière aura été marquée par ce père fou, fabulateur, délirant, destructeur.
Du Petit Bonzi à Profession du Père à Enfant de salaud, on ne peut que ressentir l’impact persistant des blessures indélébiles et de la force de caractère pour sortir indemne de l'emprise d'un père détraqué , toujours à la limite de la démence.
Le plus dur à accepter n'est pas que ce père ait été un salaud pendant la guerre, mais qu'il ait été un salaud en tant que père .
Bonzi, Emile, Sorj...... c'est toujours le même cri, la même douleur, la même incompréhension, le même amour.
Pour un père à qui toujours, malgré tout, il aura tendu la main.
Décidément, chaque livre de Sorj Chalandon me bouleverse.

15 septembre 2021

A peine le livre refermé, j'ai envie de le prolonger en parlant d'elle.
Lili.
Lili la blessée, la fragile, la trahie, l'incomprise, la si sensible........
Lili est sa colère.
Lili et son Hector de mari.
Lili et ses trois enfants qu'elle aime tant mais si mal.
Lili et sa traîtresse de sœur
Lili et sa mère.
Lili et ses amis d'HP
Lili et la Corse.
J'ai été littéralement emportée et bouleversée par cette femme.
Par l'écriture de la petite fille de Lili qui n'a pas connue sa grand-mère mais qui est pleine d'amour.
Le tout dernier paragraphe m'a fait monter les larmes aux yeux.
Quelles belles personnes que ces deux Philippa !
Quelle belle histoire de femmes et de transmission !

Prix Femina 2021, Prix Goncourt des lycéens 2021, Prix Landerneau 2021

Stock

14 septembre 2021

Dans les Cévennes vit une famille heureuse avec deux enfants.
Le troisième vient au monde et au bout de quelques mois, il semble qu'il ne voit pas.
Corps mou, regard vide.
Après auscultation, il s'avère que son cerveau ne fonctionne pas, qu'il ne marchera pas, ne parlera pas, ne verra pas.........
L'histoire de cet enfant est racontée par l’aîné, puis par la cadette, puis par le dernier, né après la mort de l'enfant handicapé, à l'âge de dix ans.
Elle est racontée aussi par les pierres, nombreuses en Cévennes, qui voient tout ce que vit cette famille.
La nature est d'ailleurs un personnage à part entière.
Face à cet enfant, chacun va s'adapter.
Chacun à sa manière.
L'aîné, omniprésent, tendre, protecteur, enveloppant.
La cadette, révoltée.
Le dernier cherchant partout des traces de la vie de l'enfant disparu.
L'atmosphère est belle, très belle, de part la nature environnante.
De part l'amour pour cet enfant aussi, et de l'amour qui règne dans cette famille..
Mais elle est lourde aussi.
Si lourde et oppressante.
J'avais déjà ressent cette ambiance pesante dans « La passion selon Juette »
« S'adapter » n'est pas une histoire simple.
C'est une histoire difficile sur un sujet sensible
Une histoire qui se lit lentement, anxieusement
Clara Dupont-Monot écrit admirablement bien et réussit parfaitement à embarquer le lecteur dans ses histoires.

17 juin 2021

Un livre que je ne voulais pas lire.
Pas envie de tomber dans le voyeurisme.
Je l'ai pris plusieurs fois en mains puis reposé.
Et puis, il y a quelques temps, j'ai lu « Et soudain la liberté » où Evelyne Pisier raconte sa vie, son enfance et son adolescence.
Une femme que j'ai admirée, en la lisant, pour son indépendance, son intelligence.
Je l'ai trouvée vraiment sympathique.
Et j'ai eu envie de comprendre où ça avait dérapé.

Le récit de Camille Kouchner dédie les cinquante premières pages à sa mère, confirmant l'impression que j'avais ressentie.
C'était une femme hors du commun.
Une mère fantasque, intelligente, drôle, libertaire.
La familia grande, c'est toute une cohorte d'amis qui se joignent à la famille notamment chaque été à Sanary, chez les Duhamel.
Tout un petit monde libéral où permissivité, libertinage, absence de limites font loi.
Pour Camille, une belle enfance de liberté, de complicité avec sa mère.
Jusqu'au jour où son frère lui parle des attouchement de leur beau-père qu'ils adorent.
Il lui demande cependant de se taire, et ce silence va la détruire.
Quand bien plus tard, adulte et mère à son tour, pour se libérer de son silence et de sa culpabilité, elle se décide à en parler à Evelyne Pisier,
la réaction n'est pas ce qu'elle attendait.
Et de ce jour, en plus du poids qui continue à la miner, le manque de sa mère alourdit le fardeau.
Elle écrit alors ce livre.

Il pose deux questions essentielles
Celle de l'éducation d'abord
Deux extrêmes à éviter où il est difficile à un enfant de devenir une adulte équilibré.
L'éducation rigide, stricte, interdisant, ordonnant, castratrice
Et l'éducation trop permissive, où rien n'est tabou, où les règles deviennent floues
Et puis la question de cette génération de post-soixante-huitards qui eux aussi ont perdu leurs repères, ont jeté aux orties la
morale d'antan, ont fait tout et n'importe quoi sans barrières, sans limites.
Des déviances qu'on s'autorise, plus faciles encore à cacher dans un milieu intellectuel et fortuné où la notoriété est un aval.

Ce livre que je ne m'attendais pas à trouver si touchant.
Camille Kouchner raconte avec amour, avec délicatesse, avec justesse, avec toute sa souffrance enfouie depuis si longtemps.
Tout transparaît dans son écriture.
Elle réussit pourtant à faire la part des choses.
Elle m'apparaît comme une petite fille de 45 ans brisée.
Je souhaite vraiment que ce livre lui permette de se réparer, de se retrouver.

Lucas Noveze

Le Lys Bleu

16 juin 2021

Lucas est une jeune homme borderline.
Traumatisé par un manque d'enfance et des relations familiales bizarres, il erre de bar en bar, se drogue, se cherche, ne se trouve pas.
Il y a tant de fantômes en lui.
Et ses doutes permanents qui empêchent ses choix.
Heureusement, il y a l'amitié indéfectible de Guillaume.
Il y a surtout la rencontre avec Chloé, puis avec Quentin.

Le début de ce roman est très lourd, très noir.
On navigue dans les milieux interlopes.
À chaque page, c'est multitude de joints, de rails de coke, de vodka...
Lucas se complet et se perd dans des ambiances malsaines, espère trouver l'oubli, ne trouve que le mal-être.
J'ai retrouvé un peu le même esprit que dans « Les nuits fauves » qui m'avait laissé un si profond malaise.
Mais heureusement, Lucas a des points de repère : la chambre et le toit où sa sœur Mila et lui se réconfortaient, Guillaume, Yembe un épicier africain sage et bienveillant...
Lucas est parfaitement lucide sur sa personne
Heureusement il a beaucoup d'humour et des ressources enfouies qui lui maintiennent la tête hors de l'eau.
J'ai commencé à vraiment apprécier ma lecture à partir du moment où il a rencontré Chloé.
L'histoire devient moins oppressante, moins négative.
On sent poindre l'espoir.

Tout cela est parfaitement bien écrit.
J'ai apprécié l'élégance du style, la fluidité de l'écriture.
La finesse de l'auteur pour traduire la lose la plus noire comme la vie qui sort du tunnel pour atteindre la lumière.
Il est aussi crédible pour traduire l'un et l'autre.
Les dialogues sont d'un ton très juste.
Il a su rendre ses personnages touchants et attachants.

Le côté guide touristique de Paris m'a un peu agacé.
Toutes les rues qu'arpentent les personnages sont citées. Mais, bon, ce n'est qu'un détail qui ne gâche en rien la qualité du livre.
Donc un très bon roman dans lequel je suis rentrée un peu à reculons, mais que j'ai de plus en plus aimé au fil des pages.
Une belle découverte.