Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

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24 novembre 2021

Voilà un roman graphique original dans la forme, alternant les pages aux petites cases et texte adjacent ou en-dessous, d'autres avec six petites cases muettes et d'autres avec des cases plus grandes voire uniques, enfin rien n'est figé, la forme change sans cesse. Ainsi que les couleurs : du noir et blanc, des fonds verts ou bleus ou jaunes, comme à l'aquarelle et des contours de personnages noirs. On ne sait pas en tournant la page quel format ou quelle teinte on va trouver. Quasiment que des personnages, très peu de paysages, l'histoire étant centrée sur Elise et Dagmar.

Cette histoire qui n'est pas banale non plus : une femme qui découvre une passion homosexuelle a plus de cinquante ans et qui décide de ne pas résister, d'oser vivre au risque de tout casser. C'est très sobrement raconté, pas d'effet racoleur, pas de dessins trash. Comme quoi, on peut aller en profondeur dans des personnages et des situations avec pudeur. Car si elle raconte ses doutes, ses peurs, ses angoisses, ses sentiments, Elise reste pudique.

Un roman graphique à découvrir, il y a un travail sur le dessin, les couleurs et la mise en page original et très intéressant.

Points

8,30
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24 novembre 2021

Troisième tome de cette trilogie et donc, par définition le dernier, sauf si Mo Malø se dit que ce serait bien d'en écrire d'autres, et donc du coup, ce ne serait plus une trilogie mais ce livre resterait le troisième tome...

Digression mise à part, la série fonctionne vraiment bien et le dépaysement est garanti. Mo Malø s'est plongé dans les us et croyances des Inuits pour dresser une toile de fond originale et marquante : "Au Groenland moins qu'ailleurs, la population ne prenait la peine de signaler l'absence inexpliquée d'un proche aux autorités. La disparition d'un chasseur ou d'un pêcheur s'inscrivait dans l'ordre des choses, une manière pour la nature de reprendre ses droits : sauf cas rares, personne n'y voyait un présage réellement funeste. L'éventualité d'un meurtre ou d'un enlèvement était bien la dernière des idées qui serait venue en tête. De toute façon, le naturel optimiste des Inuits attisait l'espoir comme un tapis de braises, à grand renfort de rumeurs et d’anecdotes." (p.72)

Et je dois dire que rarement, j'ai rencontré dans mes lectures des héros de polars qui sont autant liés à la nature, contraints par elle et obligés de composer avec elle. En outre, Mo Malø a réussi au fil de ses trois romans à bâtir une équipe de flics, à Nuuk, qui tient la route et se sert les coudes. Ils évoluent tous, chacun à son rythme mais ne restent pas figés dans des principes et des stéréotypes. Et il y a bien sûr, l'intrigue, fouillée, dense qui rebondit régulièrement, qui y va parfois un peu fort -je me demande comment un homme peut résister à tout cela et ce que l'auteur trouvera la prochaine fois pour rester au moins au même niveau, mais bon si c'est une trilogie, il n'aura plus à se creuse les méninges-, mais finalement, je me laisse avoir et porter par tout ce que j'ai décrit plus haut et dans les tomes précédents : Qaanaaq et Diskø. Et pire, si Mo Malø se décide à prolonger, je repars au Groenland, ravi.

Points

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24 novembre 2021

Deuxième tome des aventures du flic dano-inuit après le très bon Qaanaaq. Il démarre dans la baie de Diskø, attention rien à voir avec la musique festive homonymique, là, de fête, il n'en est point question. Plus court et sans doute un peu plus longuet à certains endroits mais le charme opère toujours et j'ai passé un excellent moment avec Qaanaaq et ses collaborateurs ainsi qu'avec sa famille.

Ce qui est bien dans cette série c'est que les personnages, le héros en tête, sont bien fouillés, originaux et que leurs questionnements personnels font avancer l'enquête et les font avancer. Tout est lié et se fait écho. Il y a aussi les paysages et les habitants du Groenland, leurs us, leurs traditions qui sont très présents. Ils sont la toile de fond indispensable au bon déroulement de l'intrigue. Icelle n'est pas exempte de surprises et de rebondissements, parfois attendus, parfois nettement moins qui tiennent le lecteur et maintiennent le suspense jusqu'au bout. Alors, je pourrais faire le grincheux, le ronchonchon -il paraît que je sais faire-et dire qu'il y a de grosses ficelles ici ou là, certes, mais pris dans le rythme du roman, je les ai surmontées sans souci.

Mo Malø a écrit un troisième tome que j'ai en ma possession, nul doute que dès que j'ai un petit moment, je repars pour le grand nord avec Qaanaaq pour guide.

La Martinière

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24 novembre 2021

Mo Malø est le pseudonyme d'un écrivain français qui commet pour la première fois un polar. Et le pari est largement réussi. Surfant sans doute sur quelques vague mode de polar nordique, il tire son épingle du jeu en n’insufflant pas un rythme époustouflant, en collant ainsi au rythme de vie local, en faisant du Groenland un contexte géographique et géo-politique fort. Je n'irai pas jusqu'à dire que le pays est un personnage à part entière, parce que la formule est éculée, mais il y a quand même un peu de cela. La neige, la glace, les conditions de vie, l'exode rural, les traditions qui se perdent sous les coups de la mondialisation, l'attrait international pour les ressources naturelles que la pays retient en son sol, donc les compromissions, les corruptions, les rêves de fortune, de pouvoir, les oppositions parfois radicales au changement... tout cela est la toile de fond du roman, fort bien décrite.

Puis il y a Qaanaaq, flic d'abord qui vient bousculer les codes ancestraux de la petite ville inuite, qui, tient un peu les locaux pour des ploucs, lui venant de la capitale danoise, qui se met à dos, à peine arrivé, la cheffe de la police et qui va, petit-à-petit apprendre à vivre avec et parmi les autochtones. Qaanaaq est un flic atypique, il peut même paraître décalé -pour ne pas dire benêt-, mais il cache son jeu et une force incroyable, celle d'un cerveau en perpétuelle ébullition : "Appu aurait donné cher pour se frayer un chemin dans ses pensées sinueuses. Il n'était pas seulement impressionné par l'intelligence de Qaanaaq. Il n’enviait pas seulement ses facultés de raisonnement. Ce qu'il aimait surtout chez lui, c'étaient les routes de traverse que son esprit prenait sans crier gare, à l'autre extrémité de ses capacités logiques." (p.448)

C'est un roman dense et fouillé qui nous entraîne sur des fausses pistes, qui n'est point avare en rebondissements et surprises et qui, malgré l'ambiance glaciale n'omet pas quelques touches humoristiques, histoire d'alléger et d'humaniser le tout. Qaanaaq est le premier tome d'une -pour l'instant- trilogie. Je vais me presser d'entamer le deuxième volume.

Anne-Marie Métailié

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24 novembre 2021

Lire Sam Millar est une expérience littéraire dont on ne se remet qu'en relisant du Sam Millar. C'est noir, parfois violent. Il y a des tueurs, des voyous et des flics qui parfois jouent dans les deux camps -autant les voyous que le flics- et l'Irlande et Belfast dans laquelle les tensions entre catholiques et protestants persistent ainsi que les revendications pour une Irlande unie et libre. Il y a là aussi des braqueurs maladroits et mal informés, des collectionneurs de comics. Y'a du style, des réparties vachardes, des trucs de mecs sévèrement burnés pour reprendre une expression guignolesque, du vocabulaire de la rue, notamment dans les dialogues, de l'humour noir, ce polar est un monochrome. Les images ou métaphores ou tout autre figure de style sont un régal : "Vous voulez que je vous apporte un café, monsieur ? dit Kerr, en surgissant de nulle part, souriant comme un curé dans un camp de nudistes pour boy-scouts." (p.35)

Sam Millar est Irlandais, a été activiste au sein de l'IRA et a fait de la prison pour cela, a commis un hold-up spectaculaire aux États-Unis et a été emprisonné, et depuis, rentré en Irlande, il écrit. Et franchement, lorsqu'on le lit, on se dit qu'il a bien fait de se mettre à l'écriture. En plus, il est -superbement- traduit par Patrick Raynal, qui s'y connaît lui aussi en polars bien déjantés, le tout donnant une petite merveille de roman noir.