Lib Ecritoire -.

Bienvenue sur le site de votre librairie L'Ecritoire à Semur-en-Auxois. Romans, livres pour enfants, manuels... Vous pouvez commander tous vos livres en ligne ! Il y a quelque chose de la caverne d'Ali Baba, ici. Avec plein de coins et recoins. Bonheur de la librairie, dite « générale » ! Les albums d'animaux mordillent ceux consacrés au jardinage. Loi des séries, la noire fait de l'œil à la blanche. Curieux hasard des rayonnages, tous un peu chantournés. Des livres pour enfants au Goncourt en passant par les mangas on trouve de tout à l’Écritoire !

Anton Beraber

L'Atteinte

par (Libraire)
21 juin 2022

Une rencontre improbable que seule la littérature permet, entre qui pourrait être écrivain — témoin universel et absolu — et qui représenterait l’archétype de nos vices et nos dérives les plus secrètes — un misanthrope misogyne, décati, grossier, répugnant, un vagabond, un marginal —
Un verbe fort, un humour grinçant, qui racontent l’inavouable enfoui en tout individu. A ranger au rayon des romans cultes, à côté de "La Grande vie" de Jean-Pierre Martinet ou des "Saisons" de Maurice Pons.

17,00
par (Libraire)
26 mai 2022

"Soi-même éparpillé et mélangé à tellement de fragments de nuages, de cailloux, de feu, de noir, de bruit et de silence." En citant ainsi Claude Simon ("La Route des Flandres", Editions de Minuit, 1960), Sophie Daull nous délivre, incidemment ou pas, l'exacte description de l'émotion toute humaine qui nous étreint à la lecture de ce roman dense et implacable. Derrière chaque évocation, grave ou cocasse, se dissimule un paysage familier et un accès partagé à la mémoire universelle des joies et des tragédies qui jalonnent une existence terrestre. Maîtrisé et si beau.

par (Libraire)
26 mai 2022

Évoquer "La véritable histoire de Matías Bran", c’est comme ouvrir la valise mexicaine de Robert Capa, et rendre hommage au patient travail de rapprochement des œuvres et du public ainsi qu’à la minutieuse collecte de la mémoire populaire, que mènent avec une joyeuse détermination des éditeurs indépendants comme La Contre Allée, et des libraires défricheurs et engagés, comme le furent Didier et Catherine Bardy, qui nous ont fait rencontrer ce texte, à la Librairie Tartinerie de Sarrant (peut-être le plus petit village du Gers).

Alors qu’Isabel Alba y était en résidence d’écriture, au cœur des terres natales de sa traductrice Michelle Ortuno, nos libraires présentaient ainsi l’ouvrage : « La véritable histoire de Matías Bran est le premier volet d’une saga familiale qui démarre en Hongrie à la fin du XIXème siècle et se termine à Madrid au début du XXIème siècle. Nous suivons le cours de la vie de plusieurs ouvrières et ouvriers de l'usine d'armement Weiser de Budapest, qui apprennent clandestinement à lire sur les pages du Manifeste de Marx, et vont se mobiliser pour lutter contre le capitalisme. Nous traversons les grands conflits en Europe, de la Première Guerre mondiale à la Révolution russe, en s'arrêtant sur un événement historique important et assez peu traité, la République des Conseils de 1919, qui ne durera que 133 jours. Une réflexion sur la place du livre dans le monde ouvrier pour se construire une culture politique. Un style qui mêle images et mots, au traitement épuré et fragmentaire. »

En contrepoint, rappelons ici la profession de foi de La Contre Allée que l’éditeur prend soin d’inscrire en quatrième de couverture des ouvrages publiés dans sa collection La sentinelle : « Une attention particulière aux histoires et parcours singuliers de gens, lieux, mouvements sociaux et culturels. »

On tient alors une manière de définition du travail d’écriture d’Isabel Alba : une empathie déterminée pour ces itinéraires individuels parmi les plus humbles, sertis de hasard et de destin, qui, basculant dans le courage, sont incendiés par la marche de l’Histoire. Ce qui incidemment documente aussi — actualité tragique — la force d’union et la capacité de résistance d’un peuple éveillé à l’heure de la guerre.

"Le temps est tout, l'homme n'est plus rien ; il est tout au plus la carcasse du temps.", György Lukàcs, philosophe et ministre de la culture de l’éphémère République des Conseils (Hongrie, 1919)

Femmes ouvrières

La Contre Allée

21,00
par (Libraire)
13 janvier 2022

Chez Luisa Carnés, on retrouve à la fois la radicalité droite et désespérée d’Hélène Bessette et l’empathie des enquêtes littéraires de Florence Aubenas ou de Joseph Ponthus. Sur son théâtre des opérations, une boutique aussi désuète qu’une bonbonnière et aussi sanglante qu’une arène, se cristallise la laborieuse émancipation d’un attachant chœur de femmes rudes et vulnérables, qui nous rappelle le courage et le dénuement qui furent au cœur des luttes sociales du XXème siècle.

Roman

Le Cherche Midi

19,00
par (Libraire)
6 janvier 2022

Tabou, tournage maudit

Une mire de caméra, un flash-back, l’apparition quasi fortuite d’un protagoniste qui revient sur une histoire qu’il a vécue et dont il souhaite nous transmettre la palpable vérité, et nous voici au cinéma. On pense au procédé scénaristique du journal intime, ou à la voix off des films noir, comme celle de Waldo Lydecker, narrant chez Preminger, dans le film du même nom, l’histoire de Laura, déplorée avant même d’avoir été, à l’écran, incarnée. On se demande aussi si notre narrateur ne va pas être victime, comme dans les films de Jacques Tourneur, de la vengeance d’une mystérieuse puissance occulte tant son interlocuteur peut paraître inquiétant. On ne peut pas non plus ne pas penser à la figure de Kurtz, ce fantôme initié surgi du fond du Néant, dans Apocalypse Now, qu’on sait inspiré du marchand d’ivoire d’Au cœur des ténèbres de Conrad. Et c’est accompagné de ces revenants directement issus de l’enfance, que l’on va vivre l’épopée de ce tournage maudit dans les Mers du Sud.

Nous sommes en 1931. Tabou, dernier film du maître allemand, l’un des derniers films muets d’Hollywood, témoigne de la fin de l’innocence. Et c’est bien ce que Nicolas Chemla parvient à faire suinter tout au long de son texte, prenant appui sur Murr et Bob, ces deux amis et rivaux que sont Friedrich W. Murnau et Robert Flaherty (réalisateur du célèbre Nanouk l’esquimau). Dans l’exposé des faits et des personnages et les anecdotes qu’il relate, il est précis, rigoureux et sévère, à la manière d’un Flaherty qui refuse de pervertir ses images à quelque forme de fiction. Dans les interstices poétiques qui accompagnent la rêverie intérieure de son héros-lecteur, il est aventureux, jouisseur, romantique et baroque tout à la fois, à la manière d’un Murnau, démiurge de l’émotion esthétique. Deux visions antagonistes s’affrontent, celle du précoce lanceur d’alerte qui jette une franche lumière sur la menace que l’Occident fait peser sur ces territoires encore vierges et préservés, et celle du génie tapageur, avide de faire scintiller à la lueur de la lune l’intense sensualité qui se dégage des peuples qui en révèlent l’humanité.

On aura entamé notre lecture par la fin tragique et accidentelle de Murnau, victime de son excès, de cet hubris hollywoodienne qui accompagnera parfois à son insu une partie du désastre. Mais ce Murnau des ténèbres raconte aussi, au cœur des ténèbres, la puissante incandescence de la mort qui vient éclairer la nuit.

E hari te fau / Le palmier croîtra
E toro te faaro / Le corail s’étendra
E no te taata. / Mais l’homme périra.
Dicton polynésien (rapporté par Patrick Deville dans Fenua, Seuil, 2021)

Voir des films, voyager. C’est la même chose. Voyager et non pas s’évader ou fuir (to escape). Voyager, c’est savoir qu’il faut un but pour avoir une chance de jouir du voyage lui-même, qui est d’être « entre », c’est-à-dire protégé. Pareil pour les films : les plans, ce sont les cahots des wagons. Voir des films, voyager : pour les autres aussi, le public normal, cela fut vrai. Mais ils sont devenus touristes (consommateurs de voyage) et ils n’attendent plus du cinéma qu’il leur « donne » le frisson de l’exotisme, ni du film qu’il les y mène à son rythme (lent).
Serge Daney, L’exercice a été profitable, Monsieur, POL, 1993