Charlotte D.

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par (Libraire)
31 octobre 2020

Traverser la peine

Nos deuils sont corps et langage parfois nous croyons qu'en mettant entre eux et nous des "fleuves, des frontières, des forêts" ils seront oublie. Mais oublier n'est pas guérir, n'est pas soigner, n'est pas reconstruire.
C'est ce que Thésée croit pourtant quand il part, lui, le " frère restant" pour Berlin tenter d'oublier la mort du frère, du père de la mère.
C'est ce que Thésée croit en arrivant dans ce pays qui pourrait leur servir à tous de tombeau.
Et pendant 13 ans Thésée va tenter d'être ce père, ce frère, cet homme-mère et d'aimer son foyer.
Mais, 13 ans après la fuite, le voilà bouleversé et aculé à sa peine Thésée, avec son corps qui chute et toute la peine qui parle à travers la douleur.
Mais Thésée va choisir de vivre et tenter de faire le chemin vers les souvenirs, s'autoriser cette quête des origines, accepter la genèse de certains jours heureux, même morcellés.
Et quand Thésée se souvient le narrateur se déploie pour devenir ce JE aussi pur et douloureux et blessé et beau et bancal et terrifié que la mémoire, que le secret que le silence qu'il tente de conjurer.
Et Thésée raconte : l'histoire de son enfance, l'histoire de sa famille, la généalogie des traumas, de ce qui s' est transmis pour que fils et mère naissent et meurent à des années d'écart à la même date, et que celui qui reste fasse le chemin, tire le file de la fragilité, et pour que celui qui survive raconte cette histoire.
Ce livre est aussi une réflexion politique : qu'a sacrifié à ses enfants la génération des trentes glorieuses et des baby-boomers ? Que nous a laissé ce capitalisme à visage humain si ce n'est une planète détruite ?
Ce livre dit aussi et surtout la fragilité des hommes. C'est un livre puissant, lyrique et universel qui accorde la place aux souvenirs, au désir de renouer avec l'enfance : celle de la liberté, des corps libres, des corps d'enfants dans la nature tout ces souvenir que la mémoire a laissé intacte et qu'il faut accepter d'aimer.
En ce livre, chacun trouvera un écho à ses propres deuils, à ses propres angoisses, à ses douleurs, à l'histoire de son corps, à sa mémoire et aux genèses qu'il porte en lui...
L'écriture, comme toujours chez Camille de Toledo est lyrique, poétique, intense. Psalmodiée et envoûtante.
Universelle et ancestrale.
Elle est un refuge, un bouleversement, un lieu où reposer ses peurs, ses tristesses, ses doutes, sa fragilité et au final sa joie."